Alrick Aristilde
Estimateur en construction
« Je m’appelle Alrick, j’étudie présentement en estimation de construction au Cegep Saint-Laurent. Très simplement je peux me décrire comme un immigrant, né le 2 septembre 1973 à Haïti. Je suis arrivé au Québec le 13 avril 1993, sept ans plus tard je suis tombé en amour, je me suis marié, j’ai fondé une famille et j’ai deux beaux enfants ,Rickson et Alma. Tout a commencé le 13 avril 1993, du jour au lendemain je suis passé d’haïtien à immigrant haïtien. Au début l’adaptation n’était pas évidente, je pensais beaucoup à mon ancienne vie, mes amis, mes cousins, etc. Non pas que je n’aimais pas le Québec, mais j’avais le mal du pays, pour un oui ou pour un non, je pensais à retourner en Haïti. À plusieurs reprises je me suis demandé : « mais qu’est-ce que je fais ici, j’étais bien là-bas »! Plus que les jours avancèrent, plus que j’aimais le choix qu’avait fait ma mère de choisir le Québec. En effet, je suis arrivé en même temps que ma mère et mes trois sœurs. Je suis arrivé au Québec, inconscient, sans but précis, sans ambition, sans argent ; je me croyais encore très jeune, je ne pensais pas qu’il fallait travailler pour vivre, à mon esprit le Québec représentait la bohème des gens heureux. Je m’explique, avant d’arriver à Montréal, la rumeur circulait en Haïti, qu’au Québec tout est facile, il suffit de faire une demande au gouvernement et le tour est joué! J’avais également entendu dire qu’on trouve l’argent partout, sans le chercher et que l’hiver du Québec atteignait des températures semblables à un réfrigérateur. Quelle belle Illusion!!! Après un mois, j’ai vite réalisé que c’était trop beau pour être vrai! Je suis arrivé à 18 ans, aux yeux des Haïtiens j’étais encore un enfant, mais pour ma terre d’accueil j’étais un adulte. En Haïti, on peut être considéré comme un enfant même à 30 ans, n’essayez pas de comprendre, c’est culturel. Mais vous savez quoi, à travers mes hauts et mes bas, j’ai toujours eu la chance de croiser des gens qui ont facilité mon intégration au Québec. En commençant par ma grande sœur qui vivait déjà au Québec depuis plusieurs années, elle m’a inscrit dans une école d’accueil pour les immigrants. Je crois que c’est à partir de ce moment-là que ma vie commençait à prendre un sens. J’y ai rencontré deux pédagogues admirables qui m’ont appris un tas de choses sur la culture québécoise. Elles m’ont transmis les valeurs essentielles du pays, entre autres l’importance de travailler. C’est à CREP (Le Centre de ressources éducatives et pédagogiques) que j’ai commencé à parler français, un jour Yannick, une des deux pédagogues, m’a dit : « Alrick si tu veux parler une langue, il faut la parler ». Dès lors, j’ai mis le créole de côté et j’ai décidé de TOUT faire en français. Dès lors, le français m’a ouvert de nouvelles portes, j’ai obtenu mon premier emploi chez publi-sacs, je livrais des circulaires. Rien de compliqué me diriez-vous! Le plus difficile était de livrer avec les mains ou les pieds gelés. Ensuite, je suis devenu gardien de sécurité pour un Centre Commercial. J’ai pris une pause scolaire le temps de ramasser de l’argent et de partir en appartement. Je sentais le besoin d’avoir mon petit coin à moi. Au départ je m’étais promis de prendre une session sabbatique, ensuite une année et BANG 16 ans ont passé! Je suis passé de gardien de sécurité à employé spécialisé. J’étais fier de moi, mais le plus triste dans l’histoire était que j’avais atteint le sommet de ce que le centre commercial pouvait m’offrir. Toutes mes demandes d’avancements étaient refusées parce que ma formation académique était faible. Le 1er août 2011, j’ai décidé de changer pour le mieux. Je suis retourné à l’école pour finir mon secondaire, j’ai terminé en janvier 2012, ensuite j’ai décidé de me lancer dans le programme d’estimation en construction en mars 2012. Je travaille très fort pour obtenir mon AEC en mars 2013. Vous savez quoi, comme plusieurs d’entre nous, j’ai eu mes hauts et mes bas, mais je ne regrette rien! Le 13 avril dernier, ça faisait 19 ans que je suis rentré au Québec, jamais je ne saurais ce que je serais devenu si je vivais encore en Haïti, cependant une chose est sûre, aujourd’hui plus que jamais je suis un homme heureux, épanoui et libre qui se rapproche quotidiennement d’un être très cher, MOI. »